Accéder au contenu principal

Mémoriser : défier l'oubli

Intéressé par les apports des sciences cognitives dans l’apprentissage, je partage ici quelques éléments qui m’ont semblé pertinents pour les profs de FLE, ainsi que des propositions d’activités de classe appliquant les enseignements des sciences cognitives.


Quelques principes enseignés par les sciences cognitives
  • L’oubli est biologique et naturel. Par là, enseigner une langue revient à lutter contre la nature. Il est normal que nos étudiants oublient !! Cette loi nous oblige à la bienveillance.

  • La mémorisation à long terme exige des consolidations régulières, 3 ou 4 en moyenne, avec des écarts de plus en plus grands après un ancrage initial. Plus l’ancrage initial est fort et bon (concentration, efficacité), plus les reprises à rythme expansé sont faciles.

  • Il existe différents modes de rappel (répétitions ou reprises). On peut donner des indices de rappel (comme le nombre de lettres du pendu, ou un moyen mnémotechnique) ou proposer un rappel par reconnaissance (comme dans un QCM, où l’on doit retrouver la bonne réponse).

  • La création de liens entre le déjà su et les nouveaux éléments favorise la mémorisation.

  • La mémorisation d’éléments liés entre eux est plus rentable : un groupement de deux mots mémorisés, occupe dans le cerveau « autant de place » qu’un seul mot.

  • Le stock sémantique a une importance cruciale pour la compréhension : il faut savoir pour comprendre. La mémoire est la porte d’entrée de la compréhension.

Optimiser la mémorisation de ses apprenants

    Dans les deux stratégies exposées, il convient d’expliciter aux apprenants les enjeux et les objectifs de la répétition, et de les rendre conscients de leur propre processus de mémorisation, de mettre l’accent sur leurs bonnes pratiques, et de déconstruire peut-être quelques fausses croyances sur leurs capacités de mémorisation.


A. Le multi-testing

Cela consiste à refaire le même test, mais répété dans le temps. Non pas pour évaluer et noter, mais comme activité de mémorisation. Ainsi, on peut imaginer de confectionner un quiz, sur Kahoot, sur la leçon du jour, et de réaliser ce quiz plusieurs fois : une fois en fin de séance, une deuxième fois deux jours plus tard, et encore une semaine plus tard.

Le quiz, qui a la vertu de détendre les fins de classe, devient ainsi une activité ludique et rentable de consolidation mnésique, (dans ce cas, lexicale ET culturelle).

Extrait Unité 3 Défi 2

Exemple de questions possibles pour un quiz de lexique sur la leçon de découverte de l’unité 3 de Défi 2.

1.Le tourment d’amour est…

A. une sauce polynésienne.

B. un dessert de la Guadeloupe.

C. un plat traditionnel de la Réunion.

2. Le cari est toujours accompagné de riz ou de légumes secs.

Vrai

Faux


B. Les cartes heuristiques

Elles sont un outil de mémorisation à long terme. Elles inscrivent les éléments dans un ensemble logique, car on sait que les liens favorisent une meilleure rétention. Le manuel Défi propose souvent en fin d’unité de compléter une carte mentale avec le lexique important de l’unité.

Extrait Unité 3 Défi 2

Mais on peut aller plus loin, pour une meilleure mémorisation. La reprise à rythme expansé est une activité de mémorisation en soi. N’hésitons pas à exploiter la réalisation d’une carte comme une stratégie et non une étape conclusive.

Ainsi, une fois la première carte réalisée, demandez à vos apprenants, deux jours plus tard de la reproduire à partir d’une feuille blanche. L’apprenant lui-même se rendra compte des mots qu’il a eu des difficultés à retenir, et qui nécessitent une consolidation. Une nouvelle réalisation de la carte une semaine plus tard permettra de réactiver les connaissances. L’apprenant, voyant par ailleurs que sa carte est de moins en moins lacunaire, en tirera une satisfaction, et donc, une motivation.

Et vous ? Comment faites-vous pour mémoriser et faire mémoriser ?

 

Les images proviennent de l’unité modèle de Défi 2 disponible ici.



 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Activité de lexique pour cours en ligne

     Nous sommes contraints aux cours virtuels. Mais la contrainte engendre la créativité, qui ouvre de nouvelles portes. La preuve avec une activité toute simple.      Profitons que nos apprenants soient enfermés devant (et dans) un écran, et qu’ils aient des outils de création plastique et ludique à portée de souris pour leur proposer des tâches inédites.      Parce que sans lexique, la langue n’est rien, il semble intéressant d’accorder aux mots la place qu’ils méritent. Le numérique, qui concentre l’essentiel de nos échanges actuels, nous y aide. Avec le logiciel en ligne WordArt , par exemple, nous avons une possibilité amusante de proposer à nos apprenants un travail sur le lexique de plusieurs façons. Asynchrone : e ntre devoir à la maison et classe inversée      La réalisation de nuages de mots par des apprenants peut être déclinée en deux modalités : avant, et après. Ainsi, on peut demander à chacun de réa...

Chanson rétro pour niveaux A1, A2 et B2

  U ne chanson peu connue des années 70, intéressante à didactiser selon les niveaux. Le texte se suffit à lui-même, pas la peine d'être fan du chanteur. objectifs A1  : (seulement le premier couplet) reconnaître et prononcer des chiffres et des lettres systématiser des structures simples pour se présenter objectifs A2  : (toute la chanson) systématiser l’alternance présent-imparfait pasticher la chanson en l'appliquant à sa propre culture objectif B2  : (toute la chanson) identifier des références culturelles et des toponymes discuter du message de la chanson débattre sur l'impact des oeuvres d'anticipation comme vecteur de critique de la société W454 Musique Jacques Abel Jules Revaud / texte : Pierre Delanoe et Michel Sardou Je m'appelle W 454. J'habite au 4000 de la rue 44. Mon pays, il est là, c'est le F. 48, Situé sur la planète A.G. 1908. Le soir du 34 14 8037, Je me marie avec L.N. 317. Nous partons en voyage pour S.K. 49 D...

L’intercompréhension sur le terrain

    P rofs de langues, nous apprécions les théories didactiques. Mais nous sommes des êtres de terrains, et nous aimons surtout le concret. Alors, l’intercompréhension, en classe, ça donnerait quoi ?      Nous verrons ici que le mot un peu flou intercompréhension désigne en réalité un éventail de possibilités d’activités ludiques plurilingues, mettant en œuvre des stratégies de compréhension utiles toute la vie, jusqu’à en devenir des réflexes acquis de linguiste dilettante et voyageur (autant dire des citoyens ouverts ?).      Il s’agit aussi de transmettre, en même temps que des stratégies, une forme de curiosité et un amour pour ces choses étranges que l’on appelle des langues (sans distinction de couleurs et de sons). www.flickr.com/photos/fboosman/186024520 Un échauffement : couleurs de maillots   Comme quand nous étions petits, on peut proposer comme première sensibilisation aux langues romanes le jeu des drapeaux. I...